La naissance du Petit Robert
Paul Robert est né en 1910 en Algérie. Juriste, il se prépare à une carrière d’avocat et rédige une thèse de doctorat en économie politique. Extrêmement consciencieux dans la recherche du mot juste, Paul Robert trouve difficilement un dictionnaire qui lui convient. Il décide alors de créer lui-même son propre dictionnaire dans lequel, par le système de l'analogie, le premier mot renvoie au second, le mot connu au mot inconnu. Dès 1945, il se met au travail, seul.En 1951, il crée la société du Nouveau Littré Dictionnaires Le Robert dont le siège social est à Casablanca. L’année suivante, lorsque l’ampleur de la tâche se précise, Paul Robert s’entoure de collaborateurs dont les premiers sont Alain Rey, Josette Debove et Henri Cottez. Dès la parution du premier fascicule (1952), l’ouvrage est couronné par l’Académie française : belle marque d’encouragement !
En 1954, la société s’installe à Paris. Le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française ou Grand Robert, est publié en 6 volumes en 1964. Il a fallu dix-huit ans pour ce travail de titan, qui donne un renouveau à la description de la langue. Cet ouvrage répond à un véritable besoin et son succès est immédiat auprès de tous ceux qui aiment et célèbrent la langue française.
Après l’accueil mémorable de l’ouvrage, les responsables de la petite société d’édition familiale, et Paul Robert le tout premier, ressentent le besoin d’un dictionnaire de même esprit, mais en un seul volume.
La première idée de Paul Robert est simple : abréger les six volumes du Grand Robert. Il s’adresse tout naturellement aux trois responsables principaux du « grand œuvre » qui vient de s’achever : Alain Rey, déjà secrétaire général de la rédaction du gros ouvrage, Josette Rey-Debove, universitaire brillante et non-conformiste, qui s'avérera plus tard être une spécialiste majeure de la sémantique, enfin Henri Cottez, helléniste reconnu et spécialiste de la littérature française, issu de l’École normale supérieure et condisciple de L.-S. Senghor.
Les trois lexicographes envisagent un ouvrage d’un type nouveau, en respectant l’esprit du Dictionnaire alphabétique et analogique, mais en élaborant une description différente. L’objectif n’est plus de prolonger le gros ouvrage, mais de proposer un traitement moderne et soucieux de la réalité sociale du français. Le président-auteur de la maison d’édition se laisse convaincre, et donne aux trois lexicographes une liberté absolue, dans la confiance d’une continuité légitimée par leur rôle dans la réalisation des six volumes.Ils se lancent dans ce projet avec un total esprit d’équipe tourné vers une idée-force : redonner à la langue française et aux études de français et en français un instrument de travail moderne, précis et culturel.
L’élaboration du Petit Robert est rapide : deux années de travail acharné donnent naissance en 1967 à un dictionnaire d’un genre nouveau : Le Petit Robert.
Véritable dictionnaire de langue, par opposition au dictionnaire encyclopédique, on lui reconnaît sans hésitation son originalité, sa modernité, sa richesse, sa précision. Pour la première fois, un dictionnaire traite la langue de manière moderne et en respectant sa réalité sociale.
Sans publicité, sans autre diffusion que celle du « bouche à oreille », Le Petit Robert devient en quelques mois un interlocuteur très familier.
Auprès des libraires, des professeurs, du public, l’impact de l’ouvrage est immédiat. L’ouvrage dépasse également les frontières nationales pour s’imposer dans la francophonie, Québec, Belgique et Suisse en tête. Il a aussi les faveurs de l’apprentissage du français à l’étranger.
L’ouvrage devient ainsi l’une des références majeures pour la connaissance du français.
Revue de presse de 1967
Quelques extraits de l’accueil du Petit Robert par la presse
Le Nouvel Observateur, 5 avril 1967
« Il y a intérêt à l’avoir tout de suite. C’est prendre trop de risques que de vivre sans lui. »
« Le mini-Bob est le seul dictionnaire, le seul, il n’y en a pas d’autre, qui donne la définition vraie des mots en 1967. »
« Pour la première fois, un dictionnaire de la langue française n’a pas soixante ou cent ans de retard sur la vraie langue française vivante. C’est prodigieux. C’est une révolution. C’est une libération. »
« La gâterie number one du mini-Bob : la jeunesse des citations. »
Le Figaro, 17 avril 1697
« L’apparition du Petit Robert est un événement, car elle a quelque importance pour la langue française, c’est-à-dire pour les cent cinquante millions d’êtres humains qui la parlent peu ou prou. »
« [les analogies] font du Robert un dictionnaire de la langue, et non un ouvrage encyclopédique. »
Le Monde, 10 mai 1967
« Par ses ouvertures sur tous les domaines de la pensée, y compris technique et scientifique, [il rejoint] cet appétit moderne d’une culture étendue. »
Préface du Petit Robert (première édition, 1967) par PAUL ROBERT
L’espoir, puis la conviction de rendre service à mes contemporains m’ont permis d’aboutir à la publication du Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, au terme d’un effort soutenu pendant près de vingt ans. Sans manquer à la modestie, je puis répéter, un siècle après le Littré, que l’accueil du public a dépassé mes plus vives espérances et qu’il justifierait, à lui seul, l’idée de préparer un abrégé de mon ouvrage. L’usage d’un petit dictionnaire, pratique et maniable, est, en effet, plus commode pour le possesseur de six gros volumes, quand il s’agit de vérifier rapidement l’orthographe, la prononciation ou le sens courant d’un mot.
Mais la nécessité d’un nouveau dictionnaire n’apparaîtrait pas évidente s’il ne devait pas innover sur ceux qui existent déjà. Or, l’innovation du Robert – si j’ose me servir moi-même de cette appellation – réside principalement dans l’enrichissement du cadre alphabétique par le jeu des associations d’idées. Cette conception, qui a fait le succès du grand dictionnaire, s’imposait dans l’élaboration du petit. On y retrouvera donc, à chaque article, un inventaire aussi complet que possible des rapports analogiques de toute sorte, que la source découle des étymologies, des termes des définitions, des enchaînements syntaxiques, des liens de synonymie et d’antonymie ou des fils multiples que la simple logique tresse entre les mots.
L’évolution du langage au cours de ces vingt dernières années nous a conduits à faire entrer dans la nomenclature du Petit Robert un certain nombre de mots qui ne figurent pas dans le grand. En revanche, les dimensions du nouvel ouvrage nous ont contraints à des suppressions inévitables.
Ce dictionnaire, minutieusement préparé et tenu à jour des plus récents travaux scientifiques – notamment dans le domaine linguistique (phonétique, étymologie, datation, etc.) –, est destiné à un très vaste public, mais d’abord aux maîtres et aux élèves de tous les degrés de l’Enseignement, en France et dans les pays d’expression française. Je suis convaincu qu’il contribuera également à l’expansion de notre langue au-delà des frontières linguistiques, en aidant l’étranger à l’apprendre et à s’en servir correctement. […]


















